Services à la personne : comment l’IA transforme le bien vieillir ?

L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement comme un levier de transformation dans le champ du bien vieillir. Aide à la prévention, amélioration du suivi à domicile, soutien aux professionnels : ses applications sont nombreuses et prometteuses. Mais leur déploiement soulève également des questions majeures, notamment pour les acteurs des services à la personne.

C’est dans ce contexte que France Silver Eco et Filiere silver économie ont été mandaté par la CNSA pour conduire une mission de cartographie des usages de l’IA dans le champ du bien vieillir, afin d’en identifier les opportunités, mais aussi les limites et les conditions de réussite.

Une démarche structurante pour éclairer les politiques publiques

Cette mission s’inscrit dans une dynamique stratégique : ses conclusions, attendues d’ici juin 2026, contribueront à alimenter la prochaine convention d’objectifs et de gestion entre l’État et la CNSA.

La méthodologie retenue repose sur une approche croisée :

  • un questionnaire dédié à l’offre, à destination des porteurs de solutions intégrant de l’IA ;
  • un questionnaire centré sur la demande, destiné aux professionnels utilisateurs ;
  • des entretiens qualitatifs avec une quinzaine à une vingtaine d’experts ;
  • une veille documentaire continue sur les travaux du secteur médico-social.

Le questionnaire “demande” est désormais clôturé, marquant une étape importante dans la collecte des retours du terrain. Les contributions recueillies vont permettre d’affiner l’analyse des usages et des besoins.

Des premiers résultats révélateurs du potentiel de l’IA

Le premier questionnaire, diffusé auprès des acteurs de l’offre, a permis de recueillir une cinquantaine de réponses, principalement issues de start-up. Une majorité d’entre elles est déjà engagée dans des phases de déploiement avancé, certaines à l’échelle nationale, voire internationale.

Les cas d’usage identifiés confirment l’intérêt de l’IA dans plusieurs domaines clés :

  • la prévention et l’anticipation des risques ;
  • l’identification des fragilités ;
  • la détection d’événements indésirables ;
  • les outils conversationnels ;
  • les objets connectés.

Ces usages sont particulièrement pertinents pour les services à la personne, où l’enjeu est d’intervenir au bon moment, de prévenir les situations de rupture et de sécuriser le maintien à domicile.

Par ailleurs, des applications plus inattendues émergent, comme la télé-ergothérapie, l’analyse de dossiers d’adaptation des logements ou encore l’optimisation des mobilités. Elles témoignent d’un champ d’innovation encore en construction et appellent à une vision large des usages possibles.

Un levier de transformation pour les services à la personne

Pour les acteurs du domicile, l’intelligence artificielle peut constituer un outil structurant à plusieurs niveaux.

Elle peut d’abord renforcer les capacités de prévention, en permettant une détection plus précoce des situations à risque. Cela contribue à sécuriser les parcours et à prolonger le maintien à domicile, objectif central des politiques publiques.

Elle peut également améliorer l’organisation des services, en facilitant la coordination des interventions, en optimisant les plannings ou en allégeant certaines tâches administratives. Dans un contexte de tension sur les ressources humaines, ces gains d’efficacité sont particulièrement attendus.

Enfin, elle peut contribuer à une meilleure qualité d’accompagnement, en permettant une personnalisation accrue des services et un suivi plus fin des bénéficiaires.

Un secteur encore en retrait

Malgré ces perspectives, le secteur médico-social accuse un retard dans l’appropriation de l’IA, en particulier dans le champ du domicile et de l’habitat inclusif.

Ce décalage s’explique par plusieurs facteurs :

  • un déficit de formation et de culture numérique ;
  • des modèles économiques encore incertains ;
  • des contraintes budgétaires fortes pour les structures ;
  • un manque de lisibilité de l’offre technologique.

À cela s’ajoute un risque de déconnexion entre les solutions proposées par certaines start-up et les réalités opérationnelles du terrain. La méconnaissance des spécificités du secteur peut conduire à des outils inadaptés, voire difficilement soutenables économiquement.

Des enjeux éthiques et sociaux majeurs

Le développement de l’IA dans le champ du bien vieillir ne peut se faire sans une vigilance particulière sur ses impacts.

La question de la fracture numérique est centrale. Une part importante des personnes âgées reste éloignée des usages numériques, ce qui pose la question de l’accessibilité et de l’appropriation des outils.

La protection des données constitue également un enjeu majeur. Les solutions développées traitent des informations sensibles, liées à la santé et à la vie personnelle des individus. Si les acteurs affichent une volonté de conformité réglementaire et une attention aux enjeux éthiques, les risques de mauvaise gestion ou d’utilisation malveillante des données ne peuvent être ignorés.

Enfin, l’acceptabilité des outils par les professionnels est un facteur déterminant. Sans accompagnement adapté, ces technologies peuvent être perçues comme une contrainte supplémentaire, voire comme une menace, plutôt que comme un appui.

La question centrale de la formation et de l’accompagnement

Face à ces enjeux, le développement d’une véritable culture de l’IA apparaît indispensable. Les professionnels des services à la personne doivent pouvoir comprendre les outils, leurs usages et leurs limites.

Cela implique de renforcer les dispositifs de formation, mais aussi de proposer un accompagnement dans la mise en œuvre des solutions. Certaines initiatives existent déjà, portées notamment par des fédérations du secteur, mais elles doivent être amplifiées.

Au-delà de la formation, la question du financement reste déterminante. Le déploiement de solutions d’IA suppose des investissements importants, qui ne peuvent reposer uniquement sur les structures. Des réflexions sont en cours pour définir un cadre adapté, permettant de soutenir l’innovation tout en garantissant son accessibilité.

Des enseignements attendus pour structurer l’action publique

La phase de collecte étant désormais achevée, l’enjeu est désormais d’analyser les données recueillies et de faire émerger des enseignements opérationnels.

Cette analyse permettra notamment :

  • d’identifier les usages prioritaires à soutenir ;
  • de mieux comprendre les freins au déploiement ;
  • de structurer un cadre de financement adapté ;
  • d’accompagner la montée en compétences des professionnels.

Pour les acteurs des services à la personne, ces travaux sont déterminants : ils conditionnent la manière dont l’IA pourra être intégrée, de façon pertinente et soutenable, dans les pratiques professionnelles.

Faire entendre la voix du domicile

Pour la FESP, il est essentiel que les acteurs du domicile soient pleinement pris en compte dans cette réflexion.

Leur position est singulière : ils interviennent au plus près des personnes, dans leur environnement de vie, et sont confrontés quotidiennement aux réalités de l’accompagnement. Leur expérience est donc déterminante pour orienter les choix technologiques et les politiques publiques.

Les contributions recueillies dans le cadre du questionnaire “demande” constituent à cet égard un matériau précieux pour faire remonter les besoins spécifiques du secteur.

Construire une IA au service de l’humain

L’intelligence artificielle ne constitue pas une fin en soi. Dans le champ des services à la personne, elle doit être pensée comme un outil au service de l’accompagnement, venant en appui des professionnels sans se substituer à la relation humaine.

Son développement doit s’inscrire dans une approche équilibrée, conciliant innovation, éthique et soutenabilité économique.

La mission engagée par la CNSA représente une opportunité importante pour structurer cette réflexion et poser les bases d’un déploiement maîtrisé.

La FESP restera pleinement mobilisée pour porter la voix des services à la personne dans ces travaux et contribuer à faire de l’intelligence artificielle un levier au service du bien vieillir, des professionnels et des territoires.

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