La place des hommes dans le secteur des services à la personne

Longtemps perçus comme des métiers « féminins », les services à la personne restent aujourd’hui très largement occupés par des femmes. Pourtant, face à des besoins croissants et à des difficultés de recrutement, la question de la place des hommes dans ce secteur devient un enjeu majeur, à la fois économique, social et culturel. Déconstruire les stéréotypes, valoriser les compétences et favoriser la mixité apparaît désormais comme une condition essentielle pour l’avenir des services à la personne.

Les services à la personne : un pilier de l’économie et de la cohésion sociale

Le secteur des services à la personne (SAP) occupe aujourd’hui une place centrale dans l’économie française. Ce secteur permet de répondre à des besoins essentiels comme l’aide à domicile, la garde d’enfants, le portage de repas, ou encore la garde de petite enfance. Toutes ces activités font que ce secteur occupe aujourd’hui une place majeure en France, en assurant le bien-être collectif et la cohésion sociale. Avec plus de deux millions de professionnels dans ce secteur, et une demande étant en constante progression, les SAP représentent donc une source d’emploi durable, et par-dessus tout porteuse de sens. Cependant, ce secteur reste ancré dans un déséquilibre total, quant à la représentation des genres, où les femmes sont majoritairement présentes par rapport aux hommes.

Selon la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques) près de 87 % des salariés de ce secteur sont des femmes. Cette surreprésentation des femmes dans le domaine des SAP nous permet de nous interroger sur la place et le rôle des hommes dans ce domaine. Dans un contexte où le secteur doit faire face à des difficultés de recrutement, renforcer sa mixité apparaît non seulement comme un enjeu d’égalité, mais aussi comme une condition presque incontournable pour son développement futur.

Une féminisation historique des métiers des services à la personne

Les métiers des services à la personne sont encore enracinés dans des stéréotypes profonds. Une étude de 2023, réalisée par le cabinet Occurrence et l’APEF, nous explique que la grande majorité des Français associent les professions comme l’aide à domicile, la garde d’enfants ou encore l’assistance au ménage comme des métiers dits « féminins ». Ces associations sont parfois issues d’un héritage culturel, où les tâches ménagères, par exemple, sont réalisées par des femmes.

Cette vision peut malheureusement dissuader de nombreux candidats masculins qui n’envisagent pas de travailler ou même de faire carrière dans ce secteur. Alenvi souligne que le domaine des services à la personne reste assimilé à des qualités comme étant supposées « naturelles » chez les femmes comme l’empathie, la douceur, ou même la disponibilité par exemple, plutôt qu’à de véritables compétences professionnelles.

Conditions de travail et rémunération : des freins persistants à la mixité

Au-delà des représentations sociales, ce secteur est sujet à des caractéristiques économiques spécifiques, ce qui constitue un frein supplémentaire à la mixité. Les métiers des SAP sont souvent sujets à une rémunération modeste, des temps de travail exigeants ainsi qu’une reconnaissance sociale nulle voire inexistante dans notre société. Toujours d’après la DARES, en 2019, le taux horaire moyen brut était à environ 13 € pour les femmes et 16 € pour les hommes. Cette différence s’explique principalement par la nature des missions exercées.

En effet, les hommes présents dans le secteur sont majoritairement concentrés sur des activités de bricolage, de jardinage, ou encore de manutention, qui sont perçues comme des métiers physiques ou même techniques. À l’inverse, les professions de soin et d’aide à la personne, au cœur du système des SAP, sont quant à elles très féminisées. Cette segmentation interne reflète la persistance des stéréotypes de genre et limite la diversité des parcours.

Attirer davantage d’hommes dans les services à la personne : des leviers à activer

Pour attirer davantage d’hommes au sein des métiers des SAP, il est donc nécessaire d’agir sur plusieurs leviers simultanément. La revalorisation salariale, la restructuration du temps de travail, la reconnaissance des compétences étant exclusives aux métiers des SAP, et même la communication autour de la richesse et de la technicité de ces métiers peuvent être des leviers importants pour connaître une mixité plus équilibrée dans ce secteur. Les entreprises du secteur, regroupées au sein de la FESP, œuvrent déjà dans ce sens, notamment à travers la promotion des parcours de professionnalisation et la défense d’une meilleure reconnaissance du rôle économique et social des intervenants à domicile.

Des besoins de recrutement en forte hausse dans les services à la personne

Les besoins en matière de services à la personne ne cessent d’augmenter en France. Selon l’INSEE, le nombre d’emplois dans le secteur pourrait augmenter de plus de 60 % d’ici 2050. Cette forte augmentation peut s’expliquer par l’effet du vieillissement de la population ainsi que par l’évolution des modes de vie de chacun. Dans ce contexte, la faible présence d’hommes au sein des SAP représente une possibilité de recrutement encore largement sous-exploitée.

Favoriser l’intégration des hommes au sein de ce secteur permettrait de répondre à une double problématique : renforcer les effectifs pour répondre aux besoins croissants de la population, tout en diversifiant les profils d’intervenants, enrichissant ainsi la pratique de ces professions. Une plus grande mixité pourrait permettre une meilleure reconnaissance du secteur, tout en faisant évoluer les représentations collectives autour de ces travaux.

Témoignages et initiatives : les hommes trouvent aussi leur place dans les SAP

Certaines initiatives de ce genre sont déjà mises en place. Plusieurs entreprises mettent en avant des témoignages d’hommes exerçant dans les métiers du soin à domicile. Ces professionnels mettent en avant leurs missions riches de sens, fondées sur la relation, la confiance et la proximité avec leurs bénéficiaires. Ces différents exemples nous montrent à quel point les hommes peuvent également trouver un emploi stable, mais aussi une source d’épanouissement professionnel et personnel au sein des métiers des SAP.

La mixité dans les services à la personne : un enjeu de société

Le développement de la mixité dans les services à la personne dépasse la simple question du recrutement. Il s’agit d’un enjeu de société. En attirant davantage d’hommes, le secteur pourrait participer activement à la redéfinition des rôles sociaux et à la reconnaissance des travaux du secteur des SAP comme un pilier essentiel de l’économie française.

Les entreprises du secteur ont ici un rôle clé à jouer. En valorisant la diversité, en proposant des parcours d’évolution clairs et en communiquant sur la richesse des métiers, elles peuvent contribuer à modifier en profondeur les perceptions. La FESP milite d’ailleurs depuis plusieurs années pour la revalorisation des métiers du domicile et pour une mise en avant de la reconnaissance des intervenants.

Services à la personne et inégalités de genre : un miroir de la société

Favoriser la mixité ne signifie pas simplement « faire entrer » des hommes dans un secteur féminin. C’est créer les conditions d’un équilibre durable, fondé sur la reconnaissance mutuelle des compétences, sur la complémentarité des approches et sur une représentation plus juste du rôle social des métiers du service à la personne.

La représentation genrée du travail dans le secteur des services à la personne pourrait être perçue comme un reflet de la division du travail domestique au sein même des ménages. Les données publiées par le site inegalites.fr rappellent que les femmes continuent de prendre en charge la majorité des tâches ménagères et familiales, alors même qu’elles exercent un travail à temps plein. Le secteur des SAP peut donc être vu comme une continuité de cette réalité, car en effet, ce phénomène souligne à quel point les inégalités de genre dans la société influencent la structuration du marché du travail. Les métiers du soin et de l’aide restent perçus comme une extension du rôle traditionnellement attribué aux femmes.

Vers une meilleure reconnaissance et une attractivité renforcée des métiers des SAP

Pour que la mixité progresse, il est donc nécessaire de transformer le regard porté sur ces professions. La valorisation du savoir-faire, la mise en avant des compétences techniques et humaines, ainsi qu’une meilleure reconnaissance des qualifications peuvent contribuer à modifier les représentations.

La surreprésentation des femmes au sein des métiers des SAP n’est donc pas une fatalité, elle est le résultat d’une histoire sociale et culturelle, qui peut encore évoluer. Si les métiers des SAP gagnent en visibilité et en reconnaissance, ils attireront naturellement des profils plus diversifiés. L’enjeu de tout cela dépasse le simple cadre professionnel, il s’agit de repenser collectivement la manière dont sont accueillis et perçus ces métiers des services à la personne. En effet, il est important de se rendre compte que ces métiers sont au cœur de la transition démographique et sociale que traverse actuellement la France. Rendre ce domaine plus attractif pour les hommes pourrait également appuyer le fait que ces métiers concernent tout le monde, au-delà des genres et des représentations sociales.

En ouvrant davantage le secteur à la mixité, la France renforcerait non seulement sa capacité à répondre aux besoins croissants des citoyens, mais aussi son modèle de cohésion sociale. La question de la place des hommes dans les services à la personne n’est donc pas anecdotique : elle engage notre manière de concevoir le travail du soin, la solidarité intergénérationnelle et, plus largement, l’égalité entre les femmes et les hommes dans la société.

 

Sources :

 

 

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