Bientraitance à domicile : les enseignements de l’enquête nationale menée par la FESP

La bientraitance constitue aujourd'hui l'un des enjeux majeurs du secteur de l'aide et de l'accompagnement à domicile. Pour mieux comprendre les réalités du terrain, identifier les difficultés rencontrées par les professionnels et recueillir les attentes des bénéficiaires et des aidants, la FESP a conduit une enquête nationale auprès de 215 répondants : dirigeants, responsables de structures, auxiliaires de vie, bénéficiaires et proches aidants.

Les résultats dressent un constat à la fois encourageant et préoccupant. Encourageant, car ils révèlent l’engagement remarquable des acteurs du domicile. Préoccupant, car ils mettent en lumière plusieurs fragilités structurelles susceptibles d’affecter la qualité de l’accompagnement et la prévention des maltraitances.

Un secteur fortement engagé

Premier enseignement : les professionnels du domicile demeurent profondément attachés à leur mission. Les bénéficiaires et les aidants expriment d’ailleurs un niveau élevé de satisfaction. La très grande majorité d’entre eux recommanderaient les services dont ils bénéficient.
Cette confiance témoigne du professionnalisme et de l’investissement quotidien des équipes de terrain. Cependant, cette qualité de service repose encore trop souvent sur l’engagement individuel des professionnels plutôt que sur des organisations pleinement sécurisées.

Des tensions organisationnelles persistantes

L’enquête met en évidence plusieurs difficultés majeures.
  • Les structures rencontrent d’importantes tensions de recrutement.
  • La gestion des remplacements demeure complexe.
  • Les changements de planning fréquents génèrent une instabilité pour les professionnels comme pour les bénéficiaires.
Par ailleurs, de nombreux intervenants déclarent travailler de manière relativement isolée, avec peu d’occasions d’échanger sur leurs pratiques ou de partager leurs difficultés.
Ces fragilités organisationnelles peuvent avoir des conséquences directes sur la qualité de l’accompagnement.

Le défi de la formation

L’un des constats les plus marquants concerne la formation à la bientraitance. Une part importante des professionnels déclare ne jamais avoir bénéficié de formation spécifique sur ce sujet. Beaucoup expriment également un besoin d’accompagnement face à des situations complexes :
  • suspicion de maltraitance ;
  • refus de soins ;
  • accompagnement de fin de vie ;
  • gestion des situations d’urgence.
Ces résultats rappellent que la bientraitance est une compétence professionnelle qui nécessite un apprentissage continu.

Une coordination encore insuffisante

L’accompagnement à domicile mobilise de nombreux acteurs : services d’aide, infirmiers, médecins, aidants familiaux, collectivités, associations. Pourtant, l’enquête révèle que la coordination reste souvent insuffisante. Les échanges entre intervenants ne sont pas toujours fluides et les professionnels peuvent se retrouver seuls face à des situations complexes. Cette fragmentation augmente les risques de rupture de parcours et limite l’efficacité des accompagnements.

Les attentes des bénéficiaires et des aidants

Les bénéficiaires et leurs proches identifient plusieurs axes de progrès.
Ils souhaitent notamment :
  • une meilleure information sur leurs droits ;
  • davantage de communication ;
  • un renforcement de la formation des professionnels ;
  • une meilleure gestion des remplacements.
Ces attentes traduisent une demande croissante de lisibilité, de transparence et de continuité dans l’accompagnement.

Trois vulnérabilités majeures

Les résultats de l’enquête convergent vers trois grandes vulnérabilités :
  1. Le déficit de formation continue.
  2. L’absence d’outils harmonisés.
  3. L’isolement des équipes.
Ces fragilités ne remettent pas en cause l’engagement des professionnels, mais elles soulignent la nécessité de renforcer les moyens mis à leur disposition.

Les propositions portées par la FESP

Face à ces constats, la FESP formule plusieurs propositions structurantes.
  • La première consiste à diffuser une Charte nationale Éthique et Bientraitance afin d’offrir un cadre commun aux acteurs du secteur.
  • La deuxième vise à développer un kit national de prévention des maltraitances comprenant des outils de repérage, des fiches réflexes et des protocoles harmonisés.
  • La troisième repose sur le déploiement de cafés éthiques permettant aux professionnels d’échanger sur leurs pratiques et de rompre leur isolement.
Enfin, la FESP appelle à renforcer les dispositifs de formation et à améliorer la coordination entre les différents intervenants du domicile.

Construire une culture commune de la bientraitance

Au-delà des chiffres, cette enquête délivre un message clair. La bientraitance ne peut plus reposer uniquement sur le dévouement individuel. Elle doit être organisée, soutenue et portée collectivement.
C’est tout l’enjeu des travaux engagés par la FESP : construire un cadre national partagé, renforcer les compétences des professionnels et faire du domicile un lieu d’accompagnement toujours plus sûr, plus humain et plus respectueux des droits des personnes.